James et son voyage à Tours en France, partie 2/3

Avant de poursuivre notre récit, une assez longue parenthèse que nous allons tenter d’abréger le plus possible…

 

Il s’agit d’une histoire de Tours, espèce de condensé « pour nuls », car, avant d’y aller, il faut en posséder un strict minimum. Cependant, au lieu de vous livrer tout un texte rempli de dates et d’événements importants à lire, nous allons essayer d’être pratico-pratique en vous proposant une liste à puces et, loin d’être une histoire exhaustive, ce qui suit est un survol mettant en vedette non seulement son intérêt historique, mais vantant surtout les atouts de cette fascinante petite ville, jadis capitale de la France. En tant que touriste, une histoire que vous trouverez utile…

 

Une histoire de Tours : Le strict minimum afin de mieux apprécier cette ville d’exception

 

Quelques incontournables avant de commencer :

  • Commune de l’ouest de la France sur les rives de la Loire et du Cher

  • Située dans le département d’Indre-et-Loire dont elle est le chef-lieu

  • En 2015, la commune comptait 136 252 habitants…

  • Alors que l’aire urbaine comptait 490 915 habitants…

  • En faisant la 18e aire urbaine de France

 

Dans l’Antiquité jusqu’au Moyen-âge et même jusqu’aux nos jours :

 

  • Ancien nom : Caesarodunum, cité des Turones, fondée par Auguste

  • L’un des plus grands amphithéâtres de l’empire romain

  • Sanctuaire national avec Saint Martin, Grégoire de Tours et Alcuin

 

Grégoire de Tours et Alcuin

 

  1. Qui était Grégoire de Tours ?

 

Il était d’origine gallo-romaine et occupa l’un des plus importants sièges épiscopaux de la Gaule. Il est l’auteur de l’Histoire des Francs. Grâce à cet écrit, nous avons un témoignage important de la vie et des mœurs du temps des Mérovingiens. Il naquit en Auvergne en 538. Fils d’une famille de sénateurs puissants, celle-ci fut l’une des premières à embrasser la foi chrétienne, comptant de nombreux martyrs et évêques. Il reçut l’éducation la plus soignée possible, véritable luxe dans un temps où la barbarie sévissait. À 34 ans, il fut élu évêque de Tours. Ses relations avec le pouvoir suprême n’étaient pas toujours de tout repos, mais, malgré cela, au fil des ans, il sut asseoir son influence. Pour les questions difficiles, on prenait son avis, on lui attribuait des miracles ; il protégeait son diocèse et en faisait accroitre les privilèges. Il était parmi ce petit nombre d’évêques dont l’influence, au milieu d’une époque où, sans épiscopat, la barbarie eut pris le dessus. Grâce à lui, dans sa sphère d’influence, du moins, il y a avait des rudiments d’ordre, de police et d’administration, bien avant l’assise du régime féodal.

 

Source : https://www.france-pittoresque.com/spip.php?article879

 

Un extrait de son livre, libre de droits. Source : https://fr.wikisource.org/wiki/Histoires_(Gr%C3%A9goire_de_Tours)/1

 

 

HISTOIRE DES FRANCS

 

LIVRE PREMIER

Me disposant à écrire les guerres des rois avec les nations ennemies, celles des martyrs avec les païens, et de l’Église avec les hérétiques, je veux auparavant exposer ma profession de foi, afin que ceux qui me liront ne doutent pas que je suis catholique. Une autre raison, l’opinion de ceux qui se désolent de l’approche de la fin du monde, me détermine aussi à recueillir, dans les chroniques et les histoires, le nombre des années déjà passées, afin qu’on sache clairement combien il s’en est écoulé depuis le commencement du monde. Je réclamerai d’abord l’indulgence du lecteur si je me suis écarté, dans le style ou dans les mots, des règles de la grammaire dont je ne suis pas très bien instruit. Je me suis seulement appliqué à bien retenir, avec simplicité et sans doute de cœur, ce dont l’Église prêche la croyance, car je sais que l’homme, sujet aux péchés, peut obtenir grâce par une foi pure auprès de notre clément Seigneur.

Je crois donc en Dieu père tout-puissant ; je crois en Jésus-Christ son fils unique, notre Seigneur Dieu, né du Père et non créé…

 

Source : https://www.laposte.fr/toutsurletimbre/connaissance-du-timbre/dicotimbre/timbres/gregoire-de-tours-442

 

 

Et Alcuin ?

 

Né dans le Yorkshire vers 730, c’est un poète, savant et théologien anglais de langue latine. Il est l’un des principaux conseillers de Charlemagne. Il dirige la plus grande école de l’empire carolingien, l’École palatine à Aix-la-Chapelle. On dit de lui qu’il était l’ « homme le plus savant de son temps » (Eginhard, Vie de Charlemagne).

 

En 796, Charlemagne le nomme abbé de Saint-Martin de Tours qui devint l’un des foyers de la Renaissance carolingienne dont Alcuin est réputé être le principal artisan. Sur place, il encouragea la copie de nombreux textes et augmenta considérablement le fonds de la bibliothèque de Tours. « À l'abbaye Saint-Martin de Tours, il fonda une académie de philosophie et de théologie si innovatrice qu'elle fut surnommée « mère de l'Université » [...] L'abbaye de Tours était le centre d'une production de manuscrits à la qualité remarquable. » (L’Express, 3 août, 2006)

 

Il mourut le 19 mai804 à l’abbaye Saint-Martin de Tours.

 

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Alcuin

 

 

  • Sous les Capétiens, adoption de la monnaie locale, la livre tournois, qui deviendra la monnaie du royaume

  • Capitale du comté de Tours qui deviendra la Touraine, le jardin de la France

  • Sous Louis XI, première ville de l’industrie de la soie

  • Capitale royale sous les Valois avec ses châteaux de la Loire

  • Capitale de loyauté pour Henri III et IV pendant les guerres de Religion

  • En 1940 ville de repli partiellement détruite

  • Ville dite « blanche » grâce au « tuffeau » (aussi épelé « tufeau ») craie micacée ou sableuse à grain fin, de couleur blanche ou crème parfois jaunâtre, et contenant quelques paillettes de mica blanc. Elle est extraite de carrières. Cette pierre de taille tendre permet de bâtir et de réaliser les décors typiques de l'architecture de la Renaissance que l'on trouve dans les régions autour de la Loire

  • Ville dite « bleue » grâce à son ardoise que l’on utilise comme matériau de couverture, notamment pour les toitures

  • Son centre-ville est inscrit à l’UNESCO

  • C’est une ville d’art et d’histoire avec son Vieux-Tours

  • On surnomme la ville historique le « petit Paris »

  • Ville universitaire, culinaire

  • Cité de la gastronomie. Ses spécialités : rillettes, rillons, ses vignobles (tourangeaux du Val de Loire), ses fromages AOC Sainte-Maure-de-Touraine, ses nougats de Tours (dessert)

  • Ceinturée par son périphérique, au centre d’une étoile autoroutière à 5 branches avec les A 10 (vers Paris et Bordeaux), A 28 (vers Rouen), A 85 (vers Angers et Lyon)

  • Ses deux gares, celles du centre-ville et de Saint-Pierre-des Corps pour les TER et TGV, toutes les régions sont accessibles par le train à partir de Tours : Nantes, Caen, Lille, Nevers, Bordeaux, Lyon, Limoges…

  • Mais aussi la Touraine : Amboise, Blois, Azay-le-Rideau, Chinon, Loches, Chenonceau

  • Son aéroport international avec des vols vers Londres, Dublin, Marseille, Porto, Marrakech, et la Corse

  • Son journal, la Nouvelle République du Centre-Ouest

 

 

Calendrier des quelques évènements annuels

On peut citer parmi les manifestations :

  • Cinéma :

    • Désir... Désirs, festival de cinéma, chaque année en mai depuis 1994

    • Mauvais Genre, festival international de cinéma de Tours, chaque année en avril depuis 2007

    • La nuit des Studios, début juin: projections d'une sélection toute une nuit

  • Spectacle vivant :

    • Le festival Rayons Frais (« les arts et la ville ») depuis l'été 2003

    • Le festival International du Cirque de Tours depuis septembre 2007

  • Musique :

    • Le Festival de musique de chambre le Printemps musical de Saint-Cosme, en mars de chaque année.

    • Le Festival de musique de chambre des Fêtes musicales à la Grange de Meslay, en juin de chaque année.

    • Le festival Émergences (jazz) en novembre, coproduit par Jazz à Tours et Le Petit Faucheux (SMAC jazz).

  • Autres :

    • Vitiloire, salon des vins de Loire, chaque année en mai sur le boulevard Heurteloup, depuis 2003

    • Tours sur Loire, guinguette et animations variées en bords de Loire tout le long de l'été.

    • La fête foraine et la foire, au parc des expositions de Rochepinard, courant mai

    • Le « Free Market » de Tours, expo-vente collective de créateurs, ponctuée de concerts et performances artistiques. Chaque année, début décembre depuis 2004, au premier étage des Halles de Tours

    • Foire à l'ail et au basilic, le 26 juillet

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tours#Évolution_de_la_population_depuis_la_Révolution

 

Tours, capitale du Royaume de France

  • Quand ?  À deux reprises :

 

De 1422 jusqu’en 1528 et de 1588 à 1594

 

  • Pourquoi ?

 

En 1422, à cause de la Guerre de cent ans, les rois de France fuient Paris et s’installent en Touraine (où ils possèdent plusieurs propriétés). Ce n’est qu’en 1528 que François 1er proclame que Paris redevient la capitale politique du royaume. Désormais, les châteaux de Touraine ne constituent que la résidence secondaire du roi.

 

En 1588, Henri III est chassé de Paris à l’issue de la Journée des barricades. Il décide donc d’installer sa famille et son conseil à Tours.

 

  • Qu’est-ce que la Journée des barricades ?

 

Le 12 mai 1588, tôt le matin, le Quartier latin se couvre de barricades. Le peuple catholique de Paris se soulève contre le roi, l’accusant de collusion avec les protestants ; ce dernier est chassé de la capitale.

 

 

 

 

Deuxième et (hélas !) dernière journée

 

Fidèle à elle-même, Magali, (cette fois-ci, accompagnée d’une charmante dame qui, dans son beau VUS de marque Mercedes, allait prendre le volant pour nous emmener un peu en région) nous attendait dans le hall d’entrée de notre hôtel à neuf heures pille. Au programme, la visite du Château de Chenonceau, du Clos Lucé et du Château royal d’Amboise avec, en prime, deux ou trois petites surprises (inspirées de nos vœux exprimés dans notre lettre d’introduction). Ce matin-là, il faisait encore plus froid que la veille, à un point tel que, par endroits, même à l’intérieur, nous ne cessions de grelotter. Un petit mot là-dessus.

 

Comme le climat français est assez doux, même l’hiver, leurs petits systèmes de chauffage qui, chez nous, passeraient presque pour des systèmes d’appoint, font assez bien l’affaire. De plus, comme l’électricité coûte assez cher en France et qu’en général, les Européens ont beaucoup d’avance sur nous en tout ce qui a trait aux changements climatiques et comment y faire face, dans une bâtisse, ils ne chauffent pas chaque recoin tous azimuts. Résultat : alors que l’on se sentait très bien dans sa chambre d’hôtel (où il faisait 22°) et dans les couloirs qui étaient un peu moins, mais, tout de même, convenablement chauffés, dans l’ascenseur, par exemple, il faisait assez frais. Une fois sortis de l’ascenseur et arrivés au restaurant de l’hôtel à côté duquel on a dû passer pour rejoindre la réception, on chauffait convenablement. Autre petit détail : les minuteries, que l’on trouve partout dans ce pays, et qui permettent d’allumer uniquement en cas de nécessité, des détecteurs de mouvement déclenchant un éclairage au passage d’une personne, pour s’éteindre au bout d’un bref délai. Il y a sûrement des études détaillant le nombre de kilowattheures sauvés chaque année grâce à de telles astuces, mais, si nous en parlons, c’est pour vous dire que, comme la veille (où, partout en ville, les endroits étaient mal chauffés et tout le monde avait froid), nous avions mis nos couches successives, car rien au monde n’allait nous priver de nos visites guidées de ces trois monuments d’exception du patrimoine français.

 

Pour aller de Tours à Chenonceau, nous avons mis une bonne demi-heure pendant laquelle nous avons pu faire un peu la connaissance de notre conductrice, jeune femme dans la trentaine, mariée, maman d’une petite de 4 ans, diplômée. Par moments, elle complétait les commentaires de Magali qui, au lieu de s’en offusquer, la laissait faire, s’enchaînant à son tour, interrompant de temps à autre notre bla-bla avec des commentaires sur tel village, telle maison troglodyte, ferme, et ainsi de suite. Arrivés au parc automobile du château, la conductrice nous a déposés et, avec notre guide, nous y sommes entrés par la boutique – bien chauffée ce matin-là !

 

Qu’est-ce qu’une maison troglodyte ?

 

Parmi les logements les plus anciens connus de l’homme, les maisons dites « troglodytes » sont des habitats soit souterrains ou creusés dans le rocher à flanc de montagne généralement dans des roches sédimentaires ou volcaniques. Ce type d’habitation n’est pas pour tout le monde et se regroupent généralement dans les petits villages où le divertissement est chose plutôt rare, du moins, difficile à trouver : le mode de vie est donc rural. En France, au début du 20e siècle, on dénombre environ 25 000 habitants de maisons troglodytes. Parmi les avantages d’habiter une telle maison : sa solidité (creusée dans une paroi rocheuse, elle ne comprend qu’une seule façade, les murs et le toit sont donc constitués naturellement par la roche) et son aspect écologique : la température intérieure est naturellement fraîche en été et douce en hiver ; nul besoin de système de chauffage lourd, ni de climatisation. Les inconvénients : humidité, manque de luminosité, et, surtout, il faut bien gérer l’aération.

 

 

 

Pour en savoir plus, cliquez sur le lien que voici : https://www.anjou-tourisme.com/fr/voir-faire/que-visiter/troglodytes

 

Sources :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Habitat_troglodytique

https://maison-monde.com/maisons-troglodytes-andalousie/

https://www.bienici.com/article/habitations-insolites-avantages-et-inconvenients

 

Le Château de Chenonceau

 

 

Construit grâce à de gros blocs de pierre de tuffeau provenant des carrières voisines de Bourré, érigé sur le Cher, ce château contrôlait le trafic fluvial en liaison avec la Loire. De petits bateaux (appelés « gabares ») assuraient le transport de bois, pierre, sel et de vin sur ces fleuves interdits aux vaisseaux traditionnels parce que trop grands pour les naviguer.

 

 

 

 

 

 

 

 

Normalement, l’été, en une seule journée, ce monument classé accueille entre 5 et 7 mille visiteurs.

 

Voilà pourquoi nous organisons tous nos circuits touristiques en dehors de la haute saison ou, si pendant la haute saison, en choisissant des coins un peu moins courus.

Essayez d’imaginer ce site enchanteur rempli de centaines de personnes, la plupart portant des sacs à dos multicolores, puis les files d’attente et des températures parfois caniculaires ! Imaginez la foule à l’intérieur du château qui vous empêche de circuler à votre rythme. (Une fois, il y a une trentaine d’années, James a même été témoin de quelque chose d’inimaginable : au beau milieu d’une visite guidée, une touriste italienne a changé les langes de son nourrisson – sur une table XVIe siècle faisant partie du mobilier du château qu’on visitait !) Et puis… voilà ce qui nous est arrivé il y a une dizaine d’années à Rome au Musée du Vatican – où nous avions payé deux fois 55 € pour, au bout d’une heure d’attente sous un soleil de plomb, avoir le privilège de suivre une dame portant un panneau dont la seule fonction était de nous permettre de contourner les files d’attente afin d’arriver au contrôle de sécurité, en fait, l’entrée du Musée. (110 € pour ce petit « privilège » !) Mais, une fois à l’intérieur, il y avait tellement foule que nous étions comme des sardines en boîte, littéralement poussés par les personnes derrière nous, incapables de nous arrêter pour regarder une œuvre qui nous interpellait. De plus, un petit malin eût crié « Au feu ! » et nous étions « faits à l’os » ! Après ce « drive-by » des trésors du Vatican, nous nous étions promis de voyager autrement, surtout plus intelligemment, d’où l’idée du hors saison.

 

En tout cas, ce matin-là, en matière d’absence de foule, nous étions gâtés ! À part la vingtaine d’employés sur place, nous n’étions pas plus de cinquante intrépides assez fous pour profiter de ces lieux magiques, voire féeriques, grâce, notamment, à un léger brouillard qui s’y était installé l’espace de deux ou trois minutes pour aussitôt se lever.

 

Avant d’entrer dans le château, nous avons visité les parcs et un peu les jardins ainsi que quelques dépendances. La chancellerie à elle seule était une merveille et nous donna envie de s’y installer sur-le-champ ! Les photos qui suivent en diront plus long que n’importe quel commentaire que nous pourrions vous faire.

 

 

 

 

Ci-dessus : Diverses dépendances, dont la Galerie des attelages et la ferme du XVIe siècle

 

Ci-après, la Chancellerie ou la maison de l’intendant, l’homme de confiance du propriétaire qui devait rendre compte une fois l’an de la gestion du domaine (fermage, dîmes, amendes, droits divers, vignes, céréales, volailles, fruits…).

 

 

 

 

 

 

 

 

Le bâtiment des Dômes, souhaité par Catherine de Médicis (ci-dessus) et, ci-après, une photo prise au hasard lors de notre ballade au parc du château.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ci-après : L’avant-cour, l’entrée principale des visites et, en entrant par la porte (deuxième photo ci-dessous), on pénètre dans la Salle des Gardes où se tenaient les hommes d’armes chargés de la protection royale.

 

 

 

 

 

 

 

 

À l’intérieur de la Salle des Gardes … ainsi qu’une anecdote suivie d’informations pertinentes dans le contexte du moyen âge tout comme au jour même de notre visite, eu égard à la température. Observez les carrelages – de toute beauté !

 

 

 

 

Le blason de Thomas Bohier orne cette cheminée (si vous préférez, ce foyer) du XVIe siècle. Son fils, Antoine, fut contraint de « céder » Chenonceau à François Ier afin de s’acquitter des dettes… de son père qui s’élevaient à 190 000 livres tournois (€ 3 800 000 d’aujourd’hui http://www.passion-histoire.net/viewtopic.php?t=7671). Hé oui, une confiscation de plus ! En 1457, Henri II en fit cadeau à Diane de Poitiers « en tout droit de propriété, saisine et possession, pleinement et paisiblement et à toujours perpétuellement, pour en disposer comme de leur propre chose et vrai héritage ». Pas mal comme petit cadeau offert à… une maîtresse sous les yeux de l’épouse légitime !

 

 

 

 

En dépit de foyers (cheminées) dans lesquelles brûlaient de beaux feux de bois, ce jour-là, nous vîmes à quel point les châtelains avaient froid en hiver. James en plus de son manteau, portait cinq couches de vêtements en-dessous ! En d’autres termes, il a mis tous les vêtements qu’il avait mis dans ses bagages et, malgré cela, il grelottait !

 

 

Saviez-vous que… ?

 

Au moyen âge, la vie de château se déroulait peut-être dans un cadre imposant, mais elle était loin d’être idyllique.

 

En fait, il fallait attendre le XIIe siècle pour voir le château féodal se transformer en une demeure digne de ce nom.

 

Auparavant, tout castellum qu’il l’était, sur le plan du confort, on eût dit plutôt une garnison dans un camp retranché avec un strict minimum de confort. Pas de cheminée (foyer), les cuisines à l’extérieur, un minimum de meubles (lit du seigneur, coffres, bancs) et on dressait la table à manger sur des tréteaux car, à l’époque, la cour déménageait sans cesse et, à chaque fois, il fallait tout emballer, meubles y compris, et tout transporter jusqu’à la nouvelle destination.

 

À la suite des croisades (vers la fin du XIIe siècle), la noblesse avait rapporté d’Orient des objets de luxe (étoffes, meubles) et une nouvelle façon de vivre. Les châteaux deviennent un tantinet plus confortables (cheminées, cuisines intérieures) avec davantage de pièces : chambres à coucher, salles d’audience et de réception. Ils se garnissent de tapis, de meubles sculptés, de tapisseries et de boiseries sur les murs.

 

Cependant, ce nouveau confort n’était pas à la hauteur de ce dont nous jouissons même dans nos humbles demeures modernes de prolétaires… Il faut garder à l’esprit qu’en dépit de quelques avancées côté confort, la vie à l’intérieur du château demeurait rude et assez peu confortable.

 

La pire saison était l’hiver.

 

La grande pièce d’habitation principale était la seule qui fût chauffée. Par conséquent, toute la vie s’y déroula : on y mangeait, dormait, travaillait et, bien entendu, on y festoyait aussi. En été, les tapisseries recouvraient les murs nus, les embellissant, mais, en hiver, elles devenaient fort utiles : souvent, elles jonchaient le sol (sur lequel on avait mis une couche d’herbes odorantes et/ou de paille avant de les recouvrir de nattes puis des tapisseries), ces dernières se transformant ainsi en tapis de fortune. De plus, dans ces énormes pièces où même les foyers gigantesques n’arrivaient pas à chauffer grand-chose, on suspendait les tapis tout près des cheminées pour réduire de façon considérable les dimensions de la pièce. Ainsi, ces tapisseries, utilisées de la sorte, devenaient des espèces de murs provisoires et la pièce rapetissée était un tantinet mieux chauffée. On s’en servait également pour recouvrir les fenêtres qui laissaient passer les courants d’air.

 

Effectivement, si, dans un monument historique en France vous regardez de près telles tapisseries accrochées au mur, vous constaterez qu’au fil des ans, à force de les découper et de les recoudre en été (une hérésie de nos jours, mais une pratique courante à l’époque), elles ressemblent désormais plutôt à des pans de divers tissus recousus ensemble. D’ailleurs, on voit souvent que deux ou plusieurs morceaux différents de tapisseries sont souvent juxtaposés, car les scènes dépeintes, loin d’être homogènes, sont plutôt un méli-mélo de thèmes disparates !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Deux jardins de deux rivales. Premier en haut, celui de Diane de Poitiers et, en-dessous, celui de Catherine de Médicis.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À droite : La Tour des Marques, seul vestige du premier château de Chenonceau (détruit en 1411).

 

 

 

Si vous regardez d’assez près, vous constaterez l’épave d’un petit bateau échoué contre un pilier du château.

 

Avertissement : avant d’éclater de rire en voyant l’image de Diane de Poitiers (favorite pendant plus de 20 ans du roi Henri II, deuxième fils de François Ier et Claude de France), qu’elle aimait sincèrement mais qu’elle savait aussi manipuler afin d’arriver au bout de ses nombreuses intrigues), véritable cougar avant la lettre, ayant vingt ans de plus que le souverain…

 

Pour reprendre le fil, avant d’éclater de rire en voyant cette femme mûre et enveloppée déguisée en Diane la chasseresse, dans une cour où les coups bas fusaient de toutes parts, il faut néanmoins admirer le talent qu’avait cette dame de demeurer au top de son art durant toute la vie du souverain, amassant sans répit dons et « honneurs » en tous genres (pour une valeur totale de 100 000 écus, selon certaines sources, 10 000 000 d’euros de nos jours) le château y compris, tout en occupant le poste très officiel de dame de compagnie de l’épouse légitime d’Henri II, Catherine de Médicis, en théorie, sa plus grande rivale, en étant présente à ses côtés, la servant dans la vie quotidienne, parfois dans le rôle de garde-malade et jusqu’à l’assister dans ses accouchements ! Une grande famille heureuse (sans doute un brin dysfonctionnelle), mais il faut garder à l’esprit, qu’à l’époque, les mariages d’amour étaient fort rares, surtout dans cette couche sociétale, où l’on contractait surtout des unions stratégiques, et avant la deuxième moitié du 19e siècle, à moins qu’il ne lui rendit visite afin de faire son « devoir » d’engendrer un héritier au trône, le souverain français ne partageait jamais le lit de son épouse… Sans oublier que, pour l’époque, c’était une beauté, notamment, selon Magali, grâce à sa peau blanche (chose rare mais prisée au XVIe siècle) et ses cheveux blonds.

 

 

 

Œuvre peint en 1556 (selon d’autres sources, 1550) au château de Chenonceau par l’artiste bolognais, Il Primaticcio (Le Primatrice). Il s’agit d’un portrait « parallèle », fort à la mode, toile sur laquelle on représente indirectement la personne, Diane de Poitiers, déguisée en déesse de la chasse. D’après certains, les amours ailés et les flèches évoqueraient à mots couverts les sentiments du roi envers sa dame ainsi que le thème de la chasse, ce premier en étant un grand adepte…

 

 

 

Mais la chance n’est pas toujours de notre côté. Le 30 juin 1559, à Paris, lors d’une joute, le roi est mortellement blessé. Consciente qu’elle n’a pas sa place dans la chambre royale où le roi se meurt, sachant qu’elle peut en être chassée, Diane s’abstient de s’y rendre.

 

Le roi meurt le 10 juillet, mais, à part l’interdiction de paraître à la cour pour elle et sa fille, la duchesse de Bouillon, aucune sanction contre Diane n’est prise. Selon l’usage, la maîtresse déchue restitue au nouveau roi les nombreux bijoux de la couronne avec un inventaire et ne se rend en personne aux funérailles ; de sa fenêtre elle assiste au convoi funéraire.

 

Étonnamment, la reine Catherine de Médicis ne semble guère avoir envie de se venger de sa rivale, la laissant profiter des innombrables dons, biens et terres que son mari lui avait donnés, à une exception près : à la fin de 1559, Diane se voit obligée de rendre le château de Chenonceau à Catherine, en fait, de l’échanger contre le château de Chaumont, échange qui, en réalité, l’avantage financièrement.

 

Diane se retire à Anet et meurt à un âge avancé (pour l’époque) de 66 ans.

 

 

 

 

 

 

Dans la chambre de Diane, avec son lit à baldaquin Renaissance (surélevé afin de protéger sa Belle au bois dormant du froid) et ses fauteuils recouverts de cuir de Cordoue ainsi que ses magnifiques tapisseries des Flandres du XVIe siècle. Celle dont on voit le détail s’intitule « Le triomphe de la Charité ». Vous remarquerez également un portrait de Catherine de Médicis peint par Sauvage… La grande famille heureuse qui joue ensemble pour rester ensemble ?  Ou la patronne qui dit à la favorite : « Toute favorite que vous l’êtes, Madame, n’oubliez jamais que je vous ai à l’œil. C’est moi la patronne ! D’ailleurs, vous verrez les multiples revanches que je vous réserve…» ?

 

Et au sujet de la reine, Catherine de Médicis, il y a tant de choses à dire à son sujet que, pour les besoins de la cause, nous préférons une approche simplifiée.

 

Catherine de Médicis (ou, si vous préférez, Medici) un abécédaire

 

 

 

  • Née le 13 avril 1519 à Florence

  • Fille de Laurent II de Médicis et de Madeleine de la Tour d’Auvergne (tous les deux morts en 1519) elle grandit en Italie

  • Reine de France de 1547 à 1559

  • Mère des rois François II, Charles IX, Henri III (ainsi que de nombreuses reines, car elle avait donné naissance à dix enfants dont sept survivent)

  • Grande figure au XVIe siècle, elle est souvent associée aux guerres de Religion opposant catholiques et protestants

  • Une légende noire persiste à son sujet : elle est dépeinte comme étant acariâtre, jalouse de pouvoir, ne reculant devant rien (c’est-à-dire aucun crime) pour conserver son influence. Cependant, les historiens contemporains l’ont quelque peu réhabilitée, insistant plutôt sur la femme de tête ayant le sens pratique qui usa de son influence dans une période de l’histoire française on ne peut plus trouble et complexe

  • Quant aux guerres de Religion, il est difficile de repérer ses nombreuses contradictions : d’une part, partisane d’une politique de conciliation, elle instaure pour les protestants la liberté de conscience et, à de nombreuses reprises, elle tente de faire accepter le concept de tolérance civile. Son édit de janvier 1652 est une tentative d’instaurer la liberté de culte, mais c’est un échec, et des hostilités se déclenchent. Cependant, en 1567, suite à la Surprise de Meaux (une tentative d’enlever le roi, Charles IX, et la famille royale) sa méfiance envers les protestants est renforcée. Le rôle qu’elle aurait joué dans le massacre de la Saint-Barthélemy (qui se déroule le 24 août 1572 à Paris (et s’étend éventuellement à 20 autres villes françaises) résultant en la mort de nombreux protestants) fait d’elle une figure controversée de l’histoire française

  • Bien que, selon certains, jouant les seconds rôles par rapport à Diane de Poitiers dans la chambre à coucher de son époux, celui-ci lui confère néanmoins plusieurs responsabilités politiques ; du vivant de Henri II, donc, Catherine jouit d’une énorme influence qu’elle saura asseoir et accroître après le décès de son époux

  • Lorsqu’en 1560 Charles IX accède au pouvoir, il n’a que 10 ans. Catherine est déclarée donc régente et c’est elle qui dirige le royaume

  • Connue pour son faste, la cour de Catherine est une succession de bals, jeux et de fêtes

  • À la cour, elle s’entoure de très belles femmes, son « escadron volant », qui y attirent les hommes et les amènent à abandonner la guerre au profit de la paix

  • Quelques anecdotes peut-être un peu moins connues :

 

  1. Excellent cavalière, elle importe en France la manière de monter « en amazone » (chevaucher avec les deux jambes du même côté du cheval ; une selle spéciale est requise. En anglais, l’on dit to ride sidesaddle ou side saddle) ;

 

  1. aux dames de la cour, elle impose le port du corset  et du caleçon lors de promenades à cheval ;

 

  1. elle introduit à la cour des légumes italiens jusqu’alors inconnus en France, dont les haricots, les artichauts, les brocolis, les petits pois, et la légende lui attribue également la diffusion à plus grande échelle d’asperges, de tomates, et de l’épinard ;

 

  1. l’emploi de la fourchette ;

 

  1. l’arrivée de nouveaux desserts, entre autres, macarons, sorbets, ganache ; bref, la reine serait à l’origine de la « révolution gastronomique française »

 

  • Mécène (tout comme son père, également connu pour sa générosité), elle appuie les arts sous toutes ses formes et protègent d’illustres hommes de lettres, dont Ronsard et Montaigne

  • Elle met en place un programme de construction et de transformation architecturale, notamment en faisant édifier le Palais des Tuileries et en faisant agrandir le château de Chenonceau

  • Elle meurt le 5 janvier 1589 à Blois, à l’âge tout à fait respectable (pour l’époque) de 69 (presque 70) ans

 

La chambre de Catherine de Médicis. À part son lit à baldaquin Renaissance, vous remarquerez ses tapisseries des Flandres du XVIe siècle illustrant la Vie de Samson, ses meubles sculptés et la peinture sur bois du Corrège qui représente l’Éducation et l’Amour.

 

 

 

 

 

 

 

Dans la chambre de la Reine, il est difficile de ne pas remarquer le plafond à caissons carrés, peints et dorés. Quant au monogramme (ou chiffre) d’Henri II (parfois appelé également blason des Médicis), il y a une légende intéressante :

 

Le monogramme ou chiffre d’Henri II est composé d'un H et de deux C. Les deux C sont entrelacés dos à dos avec le H. Le problème est que les branches des C ne dépassent pas les jambages du H, de sorte qu'on lit plus facilement D que C, D comme dans… D pour Diane (de Poitiers…) 

Il est intéressant de noter que certains de leurs contemporains, surtout des ambassadeurs étrangers, parlaient plutôt d’un amour courtois que cultivait le souverain pour sa dame, semblable à celui des romans d’écrivains tels que Chrétien de Troyes (XIIe siècle).

Quoi qu’il en soit, suite au décès de son époux, Catherine fit redessiner le chiffre avec les extrémités des C qui dépassent nettement les jambages du H, de sorte que plus aucune confusion n'était possible.

 

Honoré de Balzac n’est pas dans le camp de « D pour Diane ». Dans son œuvre Sur Catherine de Médicis (1841-1843) il écrit :

« C’est ici le lieu de détruire une de ces opinions populaires erronées que répètent quelques personnes (...). On a prétendu que Henri II poussa l’oubli des convenances jusqu’à mettre le chiffre de sa maîtresse sur les monuments que Catherine lui conseilla de continuer ou de commencer avec tant de magnificence. Mais le double chiffre qui se voit au Louvre dément tous les jours ceux qui sont assez peu clairvoyants pour donner de la consistance à ces niaiseries qui déshonorent gratuitement nos rois et nos reines. L’H de Henri II et les deux C adossés de Catherine, paraissent aussi former deux D pour Diane. Cette coïncidence a dû plaire à Henri II, mais il n’en est pas moins vrai que le chiffre royal contenait officiellement la lettre du roi et celle de la reine. Et cela est si vrai, que ce chiffre existe encore sur la colonne de la Halle au Blé, bâtie par Catherine seule. On peut d’ailleurs voir ce même chiffre dans les caveaux de Saint-Denis sur le tombeau que Catherine se fit élever à elle-même de son vivant à côté de celui de Henri II, et où elle est représentée d’après nature par le sculpteur pour qui elle a posé. »

 

 

Aucune histoire du château des « dames » ne serait complète si nous omettions de parler de Louise Dupin, Madame Pelouze et, tout de même, d’un monsieur, Gaston Menier, mais nous nous ferons brefs.

 

Une première dame

 

Madame Dupin naît à Paris le 28 octobre 1706 et s’éteint au château de Chenonceau le 20 novembre 1799.

 

 

 

Madame Dupin, peinte par Jean-Marc Nattier

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Madame_Dupin

 

 

Célèbre pour sa beauté, cette personnalité du siècle des Lumières, sur les lieux mêmes de Chenonceau, ainsi qu’à l’Hôtel Lambert (dans l’île Saint-Louis à Paris), tient un brillant salon littéraire, recevant, entre autres sommités, Voltaire, l’abbé Saint-Pierre, Fontenelle, Marivaux, Montesquieu, Buffon, Condillac, Grimm et Jean-Jacques Rousseau qu’elle engage de 1745 à 1751 comme secrétaire et précepteur de son fils.

 

 

Extrait tiré du livre, Le Château de Chenonceau, L’histoire, l’architecture, les jardins (p. 16) :

 

Louise Dupin a 83 ans lorsque la Révolution éclate. Son âge, très avancé pour l’époque, ne la protège pas des troubles puisque, bien qu’ouverte aux idées à la mode, elle est considérée comme une ci-devant noble. Par chance, elle a un allié qui devient son soutien, L’abbé Lecomte, curé de Chenonceau. Ce brave prêtre de campagne, un peu rude mais lucide, comprend vite que le château est menacé de destruction. Bien que président du comité révolutionnaire d’Amboise, il a un premier réflexe, décisif. Face aux enragés, il lance : « Eh quoi ! Citoyens ! Vous n’avez qu’un seul pont entre Montrichard et Bléré ! Et vous parlez de le démolir ! Vous êtes les ennemis du Bien Public ! » La remarque fait son effet : il faut conserver le château-pont. Mais voici un autre péril. Le décret de la Constituante ayant mis Chenonceau sous séquestre, il faut maintenant prouver qu’il ne faisait pas partie du domaine royal. Habilement, le prêtre, bien que jureur, et Louise Dupin ressortent tous les documents attestant qu’il s’agit bien d’une propriété privée. Dans son combat, l’abée constitutionnelle Lecomte prend une sorte de revanche : chassé de son presbytère, il devient le régisseur du château. Cela ne suffit pas. Il faut donner des gages de bonne volonté. Dans une sorte d’autodafé purificateur, l’abbé et la propriétaire brûlent 78 portraits de monarques, dont un du Roi-Soleil. Sont également livrés aux flammes les panneaux et boiseries aux armes d’Henri II  et de Catherine de Médicis. Tout ce qui peut rappeler la royauté est réduit en cendres… En même temps et dans le plus grand secret, l’abbé Lecomte obtient que Mme Dupin conserve ses bijoux et sa somptueuse garde-robe.

 

 

Une deuxième dame

 

Madame Pelouze (1836 à 1902), née Marguerite Wilson, femme du monde et sœur du député, Daniel Wilson, achète Chenonceau au mois de mai en 1864 pour la somme de 850 000 francs. De 1867 à 1878, elle fait effectuer des travaux d’envergure afin de remettre le château dans son état du XVIe siècle. Cependant, peu avant janvier 1869 un drame familial éclate : son époux la surprend dans une situation « équivoque » avec Daniel. Le mariage est dissous le 17 mars 1869.

 

Mondaine, elle s’entoure de grandes célébrités telles qu’Antoine Marmontel, Claude Debussy (qui, jeune homme, passe l’été au château où il complète le petit orchestre de chambre de cette femme fastueuse et passionnée de Wagner), Gustave Flaubert, et, non le moins important, Jules Grévy, président de la République de 1879 à 1887. D’ailleurs, Madame Pelouze favorise le mariage de la fille de celui-ci, Alice, avec son frère Daniel. (Eu égard au « drame » qui mena à son divorce, s’agit-il d’une autre grande famille heureuse qui joue ensemble pour rester ensemble ?  Décidément, on dirait qu’au fil des ans, certaines mœurs des propriétaires défunt-e-s de ce château se sont transmises aux générations postérieures de proprios ! )

 

Et, à propos de scandales… En 1887, en voilà un autre qui éclate : Daniel, alors député d’Indre-et-Loire, et, ne l’oublions pas, gendre du président de la République, est l’un des acteurs principaux de ce que les journaux de l’époque baptisent l’ « affaire des décorations » : le frère de Marguerite Pelouze aurait profité de son poste pour vendre, depuis son bureau de l’Élysée, pour des sommes allant de 25 à 100 mille francs, des milliers de décorations, notamment la Légion d’honneur, afin de verser des subventions à des journaux de province. (Aujourd’hui, selon certaines sources, une méga fortune que nous hésitons à reproduire ici, car il s’agit de francs de 1901 et, si précis et fidèle à une réalité quelconque, cela jette des doutes sur nos autres conversions historiques préalables beaucoup trop modestes… En tout cas, contentons-nous de dire qu’en 1887, 100 000 francs était une somme significative !), Il sera condamné puis réhabilité. Quant à Grévy, il est contraint de démissionner.

 

 

Ci-après : Dramatis personae : Madame Pelouze (née Marguerite Wilson), Cette dernière avec son frère Daniel et, pour finir, Jules Grévy…

 

    

 

Source : Wikipédia images

 

 

 

Il est difficile et peut-être même un tantinet imprudent de convertir les anciennes monnaies en celles que l’on utilise de nos jours pour plusieurs raisons et, si nous l’avons fait, ce n’était qu’à titre indicatif.

Afin d’apprécier ce que pouvait représenter une somme d’argent donnée à n’importe quelle époque, à titre de comparaison, l’on pourrait se tourner vers deux indicateurs ou critères différents : le salaire moyen des ouvriers non qualifiés, qualifiés ainsi que de celui des professionnels (salaire et honoraires étant deux termes recouvrant le même champ sémantique) à une certaine époque et, bien entendu, en France, il y a immanquablement le prix du kilo de pain en telle année.

 

Alors, sans plus tarder, combien gagnait-on en 1890 dans le département de la Seine (la région de la capitale nationale où, évidemment, le coût de la vie a toujours été plus élevé qu’ailleurs en France) ?  

 

N.B. Par journée de travail, l’on s’entend, il s’agit d’une journée de 15 à 17 heures (deux fois plus longue que notre journée, mouture 2018 – alors, en partant, à l’époque, on gagnait moitié moins…).

 

De plus, les travailleurs d’antan avaient beaucoup moins de droits (acquis ou autres) qu’ils n’en ont à notre époque. Bref, en 1900, si vous faisiez partie de cette couche sociétale, votre vie était moche ! Ah, la triste vérité !

 

À propos de tristes vérités, voilà un graphique illustrant l’espérance de vie en France depuis 1700. À part les questions usuelles sur l’hygiène et la qualité des soins médicaux prodigués à différentes époques, nous nous posons la question suivante : y a-t-il une corrélation entre l’espérance de vie et les conditions de travail ? En tout cas, le graphique :

 

L’espérance de vie en France

 

Lire le graphique


Ce graphique présente l’évolution de l’espérance de vie à la naissance en France, de 1740 à 2012. L’axe horizontal couvre les 260 dernières années, depuis le milieu du XVIIIe siècle. L’espérance de vie calculée pour une année représente la durée de vie moyenne d’un groupe de personnes qui seraient soumises, âge après âge, aux conditions de mortalité de l’année : entre la naissance et le premier anniversaire, elles connaîtraient le risque de décéder des individus de moins d’un an cette année-là, entre 1 et 2 ans, le risque de décéder des enfants de cet âge la même année, etc.

L’espérance de vie est exprimée en années. Elle est souvent calculée séparément pour chaque sexe.

L’espérance de vie a presque doublé au cours du vingtième siècle

Au milieu du XVIIIe siècle, la moitié des enfants mouraient avant l’âge de 10 ans et l’espérance de vie ne dépassait pas 25 ans. Elle atteint 30 ans à la fin du siècle, puis fait un bond à 37 ans en 1810 en partie grâce à la vaccination contre la variole. La hausse se poursuit à un rythme lent pendant le XIXe siècle, pour atteindre 45 ans en 1900. Pendant les guerres napoléoniennes et la guerre de 1870, l’espérance de vie décline brutalement et repasse sous les 30 ans.

Au cours du XXe siècle, les progrès sont plus rapides, à l’exception des deux guerres mondiales. Les décès d’enfants deviennent de plus en plus rares : 15% des enfants nés en 1900 meurent avant un an, 5 % de ceux nés en 1950 et 0,4 % (3,5 pour mille exactement) de ceux nés en 2015. La hausse de l’espérance de vie se poursuit grâce aux progrès dans la lutte contre les maladies cardio-vasculaires et les cancers. En 2016, l’espérance de vie en France atteint 79,4 ans pour les hommes et 85,4 ans pour les femmes).

https://www.ined.fr/fr/tout-savoir-population/graphiques-cartes/graphiques-interpretes/esperance-vie-france/

 

Salaires moyens en 1900 :

  • Cocher, conducteur d’omnibus, camionneur : 5,75 francs par jour

  • Employés de bazars : 5 francs par jour

  • Garçons de café et serveurs au restaurant : pas de salaire ; ils vivent de leurs pourboires

  • Aiguilleurs des chemins de fer : de 900 à 1 000 francs par an

  • Ouvriers de l’industrie privée : 4,85 francs par jour ; leurs consœurs ne gagnent que 2,46 francs par jour

  • Facteurs : 600 francs par an (pour une tournée à pied de 28 kilomètres (en moyenne) et jusqu’à 40 kilomètres ; de plus, on leur donne un vêtement et deux paires de chaussures

  • Chemisières, lingères et couturières : 2 francs par jour

  • Femmes de ménages : 1,50 francs par jour

 

À présent, le coût de certains produits et services :

 

  • En, 19__, le kilogramme de pain vaut :

 

  1. 1900 : 0 F 34

  2. 1910 : 0 F 40

  3. 1920 : 1 F14

  4. 1930 : 2 F 15

  5. 1940 : 3 F 15

  6. 1950 : 35 F 40

 

Le voyage de Paris à Évian par chemin de fer en ___ classe coûte…

  • 72 F 70 en première classe (presque 2 semaines de salaire d’un cocher qui, durant cette période, s’il veut partir dans le luxe, ne mange plus ni ne paie son loyer…)

  • 49 F 05 en deuxième classe

  • 32 F 00 en troisième classe

 

Le voyage de Paris à Londres via Dieppe par chemin de fer en ___ classe coûte…

  • 48 F 25 en première classe

  • 35 F 00 en deuxième classe

  • 23 F 25 en troisième classe

 

Le prix du journal en ____ :

 

  • 1900 : 0 F 05

  • 1930 : 0 F 30

  • 1940 : 0 F 50

  • 1950 : 10 F 00

 

Une autre source (http://www.guichetdusavoir.org/viewtopic.php?t=21727) nous dit :

 

Le pain à 40 centimes le kilo, le gigot de mouton à 3,50 francs, le litre de lait à 35 centimes et le lapin à 2 francs le kilo... c’était en 1910.
Traduits en francs actuels, ces prix ne sont cependant pas si différents de ceux pratiqués de nos jours. Quelques articles dérogent toutefois à ce constat.
Ainsi en est-il du pain qui coûterait en cette fin de siècle près de 2 fois plus cher, alors qu’à l’inverse, le beurre serait à moitié prix et l’huile 3 fois moins chère.
source : www.insee.fr

 

 

Une source de plus (http://didiertougard.blogspot.com/2011/12/evolution-des-prix-en-50-ans-de-1960.html), et celle-ci depuis seulement 1960. Deux éléments notables (surlignés en jaune) :

 

 

1960

1970

1980

1990

2000

2010

SMIC horaire

0,25 € (1,64 F)

0,52 € (3,42 F)

2,25 € (14,79 F)

4,87 € (31,94 F)

6,41 € (42,02 F)

8,86 €

baguette de pain

0,07 € (0,44 F)

0,08 € (0,55 F)

0,25 € (1,67 F)

0,48 € (3,14 F)

0,61 € (4 F)

0,83 €

place de cinéma

0,28 € (1,86 F)

0,73 € (4,78 F)

2,46 € (16,13 F)

4,79 € (31,40 F)

9,30 € (61 F)

10,10 €

litre de super

0,16 € (1,03 F)

0,18 € (1,15 F)

0,47 € (3,08 F)

0,79 € (5,16 F)

1,14 € (7,45 F)

1,42 €

consultation médicale

1,28 € (8,41 F)

2,54 € (16,67 F)

6,56 € (43 F)

13,72 € (90 F)

17,53 € (115 F)

23 €

timbre

0,05 € (0,25 F)

0,06 € (0,40 F)

0,21 € (1,40 F)

0,35 € (2,30 F)

0,45 € (3 F)

0,58 €

Télé-7-Jours

0,09 € (0,60 F)

0,18 € (1,20 F)

0,53 € (3,50 €)

0,99 € (6,50 F)

0,99 € (6,50 F)

1 €

voiture bas de gamme

730 € (4790 F)

959 € (6292 F)

3046 € (19980 F)

6067 € (39800 F)

8600 € env.

7600 €

 

En d’autres termes, en partant du principe qu’un médecin efficace peut voir quatre patients en l’espace d’une heure (du moins, ce sont nos normes et standards ici même au Québec en 2018), en cabinet privé, en 1960, un médecin pouvait gagner la rondelette somme de € 5 l’heure (7,57 $CAD). Imaginez donc ce que c’était en 1900 ! Au moins, ces statistiques nous permettent de conclure que même un professionnel hautement scolarisé ne gagnait pas un gros salaire (selon nos critères actuels). Cependant, en 1960, l’on pouvait s’offrir une voiture de base pour moins de mille euros (1515 $CAD ou, pour être précis : 1106 $CAD). Alors, au bout de 146 heures travaillées (ou, si vous préférez, en moins de 19 jours de travail (8 heures/jour), en 1960, un médecin français est à même de s’offrir une voiture « bas de gamme ». Les salaires doivent donc être évalués en fonction des prix et/ou tarifs courants.

 

Après lecture de toutes nos sources, au moins trois choses sont certaines :

 

(1) En 1900, les riches vivaient plutôt bien alors que (2) les travailleurs galéraient et avaient sans doute beaucoup de mal à faire joindre les deux bouts. (3) La vie de château, alors et encore maintenant, n’a pas beaucoup changé : c’est l’affaire de quelques rares privilégiés (aujourd’hui, l’on dirait du 1 %), de rentiers ou détenteurs de gros portefeuilles (la version moderne de l’ancienne aristocratie, puis, à partir du 18e siècle, de riches industriels et/ou bourgeois). Ainsi, lorsqu’on nous dit que Madame Pelouze avait acheté Chenonceau pour la somme de 850 000 francs, pour l’époque, c’était tout de même un gentil petit pécule ! Pour le commun des mortels, impossible d’accéder à une telle propriété. Ils n’auraient même pas osé y rêver, car, eu égard aux salaires moyens, leur espérance de vie (le nombre d’années qu’il leur eût fallu afin d’amasser un tel montant d’argent) n’y suffisait pas !

 

Tout cela pour faire ressortir la triste vérité séculaire : Plus ça change, plus c’est pareil…

 

 



Sources :

 

https://fr.answers.yahoo.com/question/index;_ylt=AwrE1xGGOxBbhzEAEGXTGAx.;_ylu=X3oDMTBydDI5cXVuBGNvbG8DYmYxBHBvcwM2BHZ0aWQDBHNlYwNzcg--?qid=20091205135254AAd9VBA&p=prix%20du%20pain%20depuis%201800%20en%20france

 

 

 

En 1888, Madame Pelouze fait faillite et se voit contrainte de vendre Chenonceau au Crédit Foncier.

 

Le 5 avril 1913, l’industriel Henri Menier en devient le propriétaire dont les descendants sont les actuels propriétaires.

 

Deux autres anecdotes relatives à ce château :

 

Durant la Première Guerre Mondiale, Gaston Menier, alors propriétaire du château, transforma la Galerie de Diane de Poitiers, aménagée en son état actuel par Catherine de Médicis (photos ci-dessous), en un hôpital militaire où, à ses frais, entre 1914 et 1918, deux mille (très précisément 2 254) Poilus furent soignés.

 

 

 

 

 

La Galerie ou salle de bal que l’on rejoint de la chambre de Diane de Poitiers par un passage. Du temps de Diane, un simple pont-galerie, en 1576, tout comme avec son jardin, dans le but de surpasser sa rivale (?), la reine Catherine, nouvelle propriétaire, fait construire, par Jean Bullant, une galerie (couverte, cela va de soi) sur le pont. Longue de soixante mètres, large de 6 mètres et percée de 18 fenêtres, elle fut inaugurée en grande pompe en 1577 en l’honneur de son fils, le roi Henri III.

 

Un autre extrait du Château de Chenonceau (…), p. 14 : « Le faste italien à Chenonceau » :

 

La situation politique inquiète la Reine mère. (…) De guerre lasse, elle se réfugie au château d’Amboise. (…) Pressée par sa cour de jeunes filles – le célèbre escadron volant qui l’entoure et lui servira d’argument diplomatique tout au long des guerres de religion –, [Catherine] décide d’organiser une grande fête. Chenonceau, à quelques kilomètres de là, en sera le théâtre. Catherine de Médicis célèbre ainsi son fils François II et l’épouse de celui-ci, Marie Stuart, qui n’a pourtant que mépris pour sa belle-mère, qu’elle qualifie de « marchande florentine ». (…) Le 31 mars 1560, François II, entouré de ses deux frères entre triomphalement dans le château de sa mère, salué de trente coups de canon… Le bal est ouvert sous la houlette du Primatrice, 55 ans, nommé par le petit roi surintendant des bâtiments royaux et qui, depuis lors, exerce à la cour une véritable tyrannie artistique. Il dessine les costumes et les décors, donne aux réjouissances un tour pédant et littéraire dont raffole la Reine mère. On fait appel aux gloires de la Pléiade, Ronsard, du Bellay, Jodelle, pour couvrir de poèmes et de maximes empruntés aux Grecs et aux Romains les trois arcs de triomphe successifs que le Primatrice a placés à l’entrée du château. (…) La terrasse sur laquelle était bâtie la forteresse moyenâgeuse des Marques est illuminée par une sorte de phare ; à l’intérieur brûlent quatre grosses lampes garnies de verres de couleur. Des étendards de taffetas bleu flottent sur les colonnes dorées du deuxième arc, accosté de naïades portant des inscriptions en lettres d’or annonçant le retour de la paix et célèbrent la victoire du Roi sur tous les insoumis et les trublions. Les naïades font pleuvoir sur le cortège – étrange coutume ! – une fine pluie de vin clairet de Chenonceau. (…)

 

 

 

 

 

Et, lors de la Deuxième Guerre Mondiale, le château se trouve sis littéralement sur le tracé de la ligne de démarcation séparant la France occupée de celle dite « libre » : l’entrée du château se trouve en zone occupée alors que le parc est en zone libre. Plusieurs clandestins en quête de liberté sont passés par ce château en zone libre.

 

À présent, d’autres photos de l’intérieur du château :

 

Ci-après : Chapelle royale. Les vitraux originaux, détruits lors d’un bombardement en 1944, furent remplacés dix ans plus tard. Depuis la tribune royale, dès 1521, sans être obligées à se mêler aux autres, les reines pouvaient assister aux offices.

 

  

 

Ci-après, l’espace où l’on dépeçait le gibier ou les bêtes de la ferme.

 

 

Pour l’époque, une cuisine bien équipée, un rêve de « foodie ».